Porter la parole des autres use. Cette fiche n'est pas pour ceux que tu écoutes — elle est pour toi.
FREN· Pour tenir · le soin de l'écoutant
Écouter vraiment mobilise une attention soutenue, engage l'affectivité, réveille des résonances personnelles et expose à des contenus difficiles — souffrance, violence, péché. « Écouter peut être très bouleversant », et c'est exact. Ne t'étonne pas d'être vidé ; étonne-toi plutôt de croire que tu peux ne pas l'être. La fatigue de l'écoutant n'est pas un échec spirituel : c'est le coût normal d'un vrai don.
Apprends à lire tes propres voyants : l'irritation qui monte, le cynisme, l'envie de fuir les gens, la tendance à couper ou à tout ramener à toi, la prière et le sommeil qui s'effritent. Ce ne sont pas des fautes — ce sont des avertissements. Les ignorer, c'est aller vers l'épuisement ou la dureté. Les écouter, c'est se donner une chance de durer.
Aimer ne veut pas dire être disponible en permanence. Fixe des horaires d'écoute ; plafonne le nombre d'entretiens longs par semaine ; garde un sas de 15 à 30 minutes entre deux pour te recentrer. Ne pas être joignable 24h/24 n'est pas un manque d'amour : c'est la condition pour aimer encore dans dix ans. Le cadre protège l'écoutant — et donc ceux qu'il écoute.
Le poids de la confidence ne t'appartient pas. Après l'entretien, remets nominativement la personne à Dieu, et laisse-la là. Tu n'es pas son sauveur ; tu es un témoin qui la confie au Sauveur. Ce dépôt est une discipline : sans lui, tu portes chez toi, la nuit, ce que dix personnes t'ont confié, et tu ploies sous un fardeau qui n'était jamais le tien.
La première marque du vrai écoutant : il a d'abord été écouté par Dieu (Psaume 34.16 ; Hébreux 5.7), et il se laisse écouter par quelques-uns. Qui n'est jamais écouté finit par écouter mal. Garde un sabbat réel, une prière pour toi — distincte de la préparation des prédications — et deux ou trois personnes devant qui déposer ta propre fatigue. On ne verse durablement que ce qu'on a d'abord reçu.
Si quelqu’un doit prier, c’est bien le pasteur. Nous sommes appelés à vivre au-delà de nous-mêmes — impossible par nos seules forces. Il faut une vie de prière solide, sinon nous ne tiendrons pas. C’est aussi simple que cela.
Porter la parole des autres épuise ; la prière rappelle notre dépendance totale à Dieu — « sans moi, vous ne pouvez rien faire ». Notre relation aux autres reflète notre relation à Dieu.
« La prière fait l’homme ; la prière fait le prédicateur ; la prière fait le pasteur. » (E. M. Bounds)
D’après J. Arrais, « Wanted: A Good Pastor » (Association pastorale, Conférence Générale, 2011), ch. 4.